Faire découvrir le cinéma à ses enfants

  1. Alors, pourquoi faire découvrir le cinéma à son enfant ?
  • Il est souvent difficile de confronter le souvenir que l’on a d’un film avec son revisionnage 20 ans après. Certains films ont très mal vieilli, en particulier les films industriels montés pour servir de vitrine aux effets spéciaux et aux stars bankable du moment. Les comédies étant ancrées dans leur époque, elles vieillissent également très mal. On citera par exemple les films post-nouvelle vague de Belmondo (l’As des As, Flic ou Voyou etc.) ou les films des Charlots (les fous du stade, etc.). De manière générale, il faut vivre avec son temps et il semble normal que des films “dévissent” pour laisser la place à des classiques modernes : combien de scènes de thriller sont devenues obsolètes avec les smartphones ? La morale a également évolué, parfois même dans le bon sens, et je suis sidéré de voir à quel point certains films de mon enfance comme Crocodile Dundee ou Les Dieux sont tombés sur la tête sont le pur produit d’une époque post-colonialiste et encore très machiste.
Immortel Bebel
  • Le sexe est omniprésent au cinéma. La violence me gène moins parce qu’elle est souvent stylisée (ou atténuée par du noir & blanc) et finalement les enfants comprennent assez vite que c’est “pour de faux”. J’ai beaucoup plus de mal avec les scènes de coït dont les productions américaines abusent et dont l’unique intérêt est de (dé)tendre le spectateur. Sans vouloir paraître puritain, la censure du code Hays avait au moins ça de bon que pendant l’âge d’or du cinéma américain, le sexe était -au pire- suggéré. Si la tension sexuelle entre Ben-hur & Messala a échappé jusqu’à Charlton Heston et au bureau de censure de l’époque, je ne prends pas grand risque à montrer ça aux enfants. Aujourd’hui à peine s’esquisse un regard brûlant de désir que Ben-hur est déjà en train de chevaucher Messala en poussant des cris rauques, ne me laissant même pas le temps de pauser de film. Je ne parle même pas du fan-service dans l’animation japonaise dès qu’on sort des productions de Makoto Shinkai ou Miyazaki. La section “Content advisory” d’IMDB est très utile pour anticiper ces problèmes mais, reposant sur la contribution des parents, elle est assez rarement renseignée. Quand aux ratings (PG13 etc.), ils varient tellement d’un pays à l’autre qu’ils ne sont pas suffisants.
Oh, un film comme Toystory !
  • Moins critique mais pas encore tout à fait réglé : la disponibilité des vieux films reste limitée. Parfois pour des raisons de droits (Yoyo), souvent pour des raisons de manque d’intérêt d’une grande majorité du public. Avec la chute du coût du stockage et de la bande-passante, j’ai bon espoir que des films invisibles jusqu’à présent et qui n’ont jamais été édités en DVD passent directement à la case streaming.
  • Beaucoup de grands films étrangers ne disposent que d’un sous-titrage en anglais (voire pas de sous-titres du tout), ce qui restreint forcément l’accès aux enfants non-bilingues (ou, pour les sous-titres en français, aux enfants qui savent lire vite)
  • Avec la fin programmée de la télévision “séquentielle” et des vidéo-clubs, la sérendipité a presque disparu. Ainsi, on choisit son film via un moteur de recherche, et j’avoue que tous les datascientistes du monde peinent encore à me convaincre de la pertinence de leurs recommandations (évidemment, si on n’était pas 50 sur le même compte Netflix ça marcherait probablement mieux). Bref, on ne tombe plus “par hasard” sur un film qui d’un coup va vous ouvrir des perspectives inédites, et on ne regarde plus que suites de suites de films de Michael Bay.
  • Enfin, il y aurait sans doute des choses à dire sur la montée en puissance des séries, qui restructurent complètement le rapport au récit, au temps et aux personnages. Mais vu que cette déferlante s’accompagne également d’une montée en qualité du format, pourquoi pas.
  • Les films d’animation et d’images de synthèse : Ghibli, Disney/Pixar, les triplettes de Belleville, etc.
  • Les films de science-fiction : Star Wars, Star Trek, les Marvel etc.
  • Les films d’aventure : Indiana Jones, les Goonies, toute la filmographie de Spielberg, etc.
  • Les films de Noël : Hugo Cabret, Elf, L’Orient Express, etc.
  • Les films fantastiques : Harry Potter, Narnia, Le Seigneur des anneaux, etc.
  • Les feel-good movies : Intouchable, les Choristes, Billy Elliot, etc.
  • Les films pour jeunes adultes : Hunger Games, Chronicles, etc.
  • Les films où l’enfant est le protagoniste, puisque l’identification est évidemment facilitée : Maman j’ai raté l’avion, Karate Kid, Little Spies, etc.
  • Les films où les animaux ou des objets sont des protagonistes : la Coccinelle, Croc-Blanc, Belle & Sebastien, etc.
  • Trop de mots avant 8 ans : Les slapstick-comedy, en particulier celles qui sont trop verbeuses (his girl friday) car les jeunes enfants sont rapidement saoulés par trop de dialogues. C’est aussi pour cette raison que la plupart des films de Woody Allen (Sleeper) ne fonctionnent pas.
  • Pas assez de mots avant 8 ans : Inversement, les films muets ne fonctionnent pas non plus très bien (Sunrise, Siegfried), les intertitres ont un côté un peu arides. Quelques comédies très visuelles comme celles de Chaplin/Keaton s’en tirent, et encore pas toutes (Langdon). La critique sociale ou la satire (Marx Brothers, Laurel & Hardy) passent moins bien également.
  • Les grandes fresques historiques avant 10 ans : Au départ on se dit que c’est un bon support de cours d’histoire. Mais ces films sont en général longs, choraux et épiques. Or il semble qu’avec une notion du temps et des organisations humaines encore balbutiantes, ce ne soit pas évident pour eux de rester patiemment assis, sauf si à la rigueur un personnage fort sert de fil rouge (Cyrano de Bergerac, Cartouche)
  • Les paradoxes temporels / narration non-linéaire avant 12 ans : en particulier quand l’intrigue est complexe. Retour vers le futur et un Jour sans fin fonctionnent bien, Mémento et l’Armée des 12 singes moins bien.
  • Les documentaires avant 14 ans : en particulier les documentaires à thèse et artsy (ex : Chris Marker). A la rigueur pourquoi pas un documentaire animalier en écran de veille, même si Youtube remplit aujourd’hui une fonction similaire dans un format beaucoup plus digeste et putaclic…pardon, ludique.
  • Les westerns et films de pirates : la conquête de l’ouest, les grands espaces, les pétoires rouillées et les batailles navales souffrent, je crois, de l’explosion des effets spéciaux. Ce qui marche encore le mieux c’est quand il existe une composante de comédie comme dans Mon nom est Personne ou Pirate des Caraibes.
  • Les séries d’animation japonaise avant 12 ans : à quelques très rares exceptions près, l’animation japonaise est bourrée de fan service, et le phénomène s’est me semble t’il accentué ces 20 dernières années. Même dans les récits en théorie destinés aux jeunes enfants, il n’est pas rare que d’un coup le héros se mette à plotter l’héroine (qui l’a de toute manière bien mérité vu qu’elle se balade toujours en bikini #MeToo). Vigilance donc.
  • Et enfin tous les thèmes qui passent au dessus de la tête de l’enfant en sifflant, faute d’avoir vécu ces situations : les histoires de rente viagère, les crises de quadragénaires, l’implosion des couples, l’accompagnement de la fin de vie etc. Je sais qu’on vous a infligé Le Père Goriot à 12 ans, mais ne reproduisez pas le schéma en montrant le Mépris à votre adolescent.

--

--

--

Video Game finance and economics

Love podcasts or audiobooks? Learn on the go with our new app.

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store
Stéphane

Stéphane

Video Game finance and economics

More from Medium

Capnamic welcomes new Head of Communication & Marketing

How to Sell an Apartment Development: The Scenius Model

How AI is Changing the Future of Digital Marketing

Ray Mirra Hall Of Fame